En réponse à l'article de Anthony R.Edwards : " Wood works
, some older amputees resist switch to newer prosthetic materials. " O&P
février 1998
Durant tout le XXème siècle, le choix des matériaux
pour la confection des prothèses dépendait de plusieurs critères
:
Masse volumique.
Résistance.
Plasticité.
Facilité de mise en oeuvre.
Prix, dans certains cas.
Mode, fortement influencée par les
marchands de matériaux.
Compte tenu de ces critères et des variétés de
matériaux disponibles, les prothésistes ont jeté leur
dévolu sur l'aluminium, le cuir, le bois, etc.
Le bois a petit à petit perdu du terrain en raison de l'engouement
pour les nouveaux matériaux, et par la perte de savoir-faire qu'a
induit la mode des plastiques.
Aujourd'hui, les critères de choix restent identiques mais la
palette des matériaux disponibles a sensiblement augmenté
et les possibilités de panachage sont infinies.
Il est clair qu'une prothèse entièrement en bois n'est
plus justifiable en raison des critères actuels de cosmétique,
de mode et de fonctionnalité.
Le prothésiste a le devoir d'utiliser chaque matériau
au meilleur de ses caractéristiques.
Nous ne construisons plus de prothèse entièrement en
bois mais une emboîture en bois laminée acrylique, montée
sur un genou en composite muni d'un système hydraulique avec un
pied en carbone, le tout habillé de différentes mousses.
Pour réaliser des emboîtures fémorales, quelle
qu'en soit la matière, le prothésiste doit non seulement
être un travailleur habile des ses mains pour creuser et modeler
mais posséder une notion très aiguisée des volumes
et des formes. Une emboîture est définie par sa forme et son
volume. Ainsi, le matériau de construction délimite l'espace
créé par le prothésiste. C'est uniquement les connaissances
professionnelles du prothésiste qui déterminent la justesse
de cette espace. Les propriétés du matériel utilisé
peuvent par contre, augmenter ou diminuer, chez l'amputé, le sentiment
de "prothèse confortable ", par exemple en exacerbant ou atténuant
les variations de température. Chez nous, le bois occupe toujours
une place prépondérante dans la confection des emboîtures
fémorales, entre autres pour les raisons suivantes :
Nous préférons travailler sur
l'objet réel (l'emboîture) plutôt que sur l'image négative
de l'objet réel (plâtre positif du moignon).
Lors du premier essayage, les corrections
de profondeur, de volume et de forme sont facilement réalisables
tout en conservant un aspect acceptable pour une emboîture définitive.
Lors des retouches sur une prothèse
déjà terminée, l'épaisseur du bord médial
autorise des modifications difficilement praticables sur une emboîture
en plastique, de même que les modifications de volume.
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Exemple d'emboîture approfondie par l'adjonction d'une rondelle, resserrée par un trait de scie et corrigée par l'apport de pièces de bois supplémentaires. |
L'utilisation du bois est intégrée au processus de fabrication
non par conservatisme ou par quelques soucis d'écologie, mais parce
que ses qualités mécaniques et sa mise en oeuvre en font un
matériel de choix au même titre que le titane ou les composites.
Si le travail du bois était physiquement pénible et long
d'apprentissage et la maîtrise des formes et des volumes difficilement
transmissible, aujourd'hui, ces inconvénients sont considérablement
amoindris grâce aux technologies de pointe.
Pour utiliser au mieux ces technologies, nous y avons intégré
l'expérience acquise durant des années. Grâce à
certains algorithmes, l'informatique devient cognitive.
La robotique nous permet d'automatiser le travail physiquement pénible.
Notre système de CAO/FAO nous fraise des emboîtures de bois
prêtes à l'essayage.
La numérisation des emboîtures fémorales a permis
la constitution d'une banque de données dans laquelle nous pouvons
puiser dans les expériences passées pour les combiner avec
celles d'aujourd'hui. A l'heure des "workgroups ", notre système
permet de partager l'expérience.