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Il. HISTORIQUE:
"Avant de connaître les possibilités d'appareillage qui s'offrent à eux, certains amputés de membre inférieur pensent qu'ils vont recevoir un appareil extrêmement perfectionné, confortable et esthétique, issu de la technologie de la fin du XXe siècle ; d'autres, par ailleurs, craignent d'être irrémédiablement dépendants d'une chaise roulante" (25).
Si, aujourd'hui, il est donné à l'amputé la possibilité de se mouvoir plus facilement, il n'en a pas toujours été ainsi.
Il existait probablement, depuis fort longtemps,
des prothèses de fabrication artisanale : l'esprit ingénieux
de l'être humain a toujours cherché à pallier les manques.
Mais ce fut certainement Ambroise PARE, qui mit au point le premier une prothèse de cuisse, reproductible à une plus grande échelle.
" La jambe des pauvres", construite en bois, était fort rudimentaire. Par souci d'esthétique, Ambroise PARE conçut des prothèses plus complexes, revêtues d'une armature métallique qui dissimulait un pilon articulé, réservées aux riches. Mais le poids considérable la rendait finalement moins fonctionnelle que "la jambe des pauvres".
De la jambe d'Ambroise PARE naquit le cuissard à pilon dont le principe est resté en vigueur jusqu'au début du XXe siècle. Constitué d'un cône creux en bois à sommet inférieur, le cuissard à pilon est équipé à sa partie proximale d'un bourrelet permettant à la tubérosité ischiatique et au trochanter de s'appuyer. Une ceinture est nécessaire au maintien de la prothèse (Figures 1 à 3).



Figure 1 : Cuissard à pilon
Figure 2 : "Jambe des pauvres" d'Ambroise PARE (33)
Figure 3 : Jambe des riches
La notion d'appui ischiatique se développa durant la guerre de 14-18, tragédie où l'appareillage connut -par nécessité-un grand essor. L'appui ischiatique devint même prépondérant et on négligea l'appui circonférentiel. Quant à un appui terminal, considéré comme impossible à moins d'une désarticulation de genou, il a été écarté totalement.
Parallèlement à l'évolution des formes d'emboîtures, les mécanismes de genou et de pied furent perfectionnés, les maîtres en ce domaine étant les Allemands : l'homme, amputé, retrouvait un certain schéma de la marche humaine.
Les progrès ultérieurs se développèrent dans tous les domaines, les plus remarquables étant une nouvelle conception d'emboîture et l'emploi de matériaux plus légers. Ainsi, on a supprimé les moyens de suspension des prothèses (baudrier ou ceinture), peu esthétiques, par la création d'emboîtures à "contact total" et à ventouse, assurant l'herméticité. Les matériaux tels que des résines de polyester ont également apporté un plus en diminuant, de façon appréciable, le poids des appareils (33).
Le désir d'une reconstitution fonctionnelle la plus physiologique possible conduit aujourd'hui à la fabrication d'articulations artificielles complexes, qui, sans pouvoir rivaliser avec les caractéristiques anatomiques d'un membre sain, permettent à l'amputé de compenser en partie la perte des éléments indispensables à la marche normale.
Longtemps laissée pour compte, l'esthétique commence à être prise en considération. Loin des enjeux de fonctionnalité ou de confort physique, c'est l'étape finale de la fabrication d'une prothèse, parce que l'habillage de la prothèse à l'image de la jambe saine permet sans aucun doute une meilleure intégration psychologique du membre artificiel, l'esthétique a les mêmes priorités que l'aspect fonctionnel au regard de l'utilisateur (Photos 1 à 4).
Solidaire du moignon sans entraver ses mouvements, l'emboîture est aussi la structure sur laquelle se fixent les différents éléments de la prothèse : genou, tubulaire de jambe, pied.
- le collet est l'ouverture par laquelle s'engage le moignon pour se placer à l'intérieur de l'emboîture (en Suisse et en Allemagne, le collet est appelé "anneau d'assise" : Sitzring).
- le corps est en contact -étroit ou non- avec le moignon,
- le fond est l'extrémité du fût ; il peut être ouvert ou recouvrir le moignon.
Photos 1 à 4
Prothèse de cuisse
Photo 1
Photo
2
Photo
3
Photo 4
- le cuir moulé fut très longtemps utilisé par les Français. Les emboîtures sont faites d'un manchon de cuir épais, renforcé d'attelles latérales en acier ou en bois et maintenu par des courroies réglables. Elles sont faciles àfabriquer, à chausser ou à enlever. Le poids est acceptable. La tolérance cutanée du cuir est bonne, ce matériau permet une bonne absorption de la sueur, mais il en résulte à la longue des émanations d'odeur désagréables. Les appuis de ces emboîtures sont très imparfaits. De nos jours, le cuir n'est plus guère utilisé.
- le métal léger: vers 1928, les Anglais utilisèrent le Duralumin (alliage d'aluminium, de magnésium, de manganèse et de cuivre). Quelques Français ont suivi leur exemple. Les qualités de l'alliage se résument à la légèreté. Le Dura IR est de moins en moins employé car il se bossèle sous les chocs, pour le moins bruyants, il s'oxyde sous l'effet de la sueur et reste allergisant. Les emboîtures ont un aspect métallique ou peint, peu attrayant.
- le bois : employé depuis au moins le XVIe siècle dans la fabrication de la "jambe des pauvres", il reste, pour ceux qui le connaissent, un matériau de référence. C'est une matière noble et belle, mais délicate à travailler ; elle demande un prothésiste spécialement formé à ce type d'ouvrage : un fût de prothèse en bois est en quelque sorte une oeuvre d'art (Photos 5 à 8).
Les qualités du bois sont reconnues par tous ceux qui le travaillent ou qui le portent.
Il s'agit pour l'essentiel de peuplier et parfois de saule ou de tilleul (Photo 5).
Pierre BOTTA (6) décrit le creusement de la masse de bois de la façon suivante :
- fraisage de la masse de bois, en veillant à ce que la forme reflète toujours celle du moignon (Photo 6).
- à un centimètre des mesures désirées, peaufinage avec une brosse fine, après avoir utilisé une brosse dure en grain pour éliminer les irrégularités (Photos 7 et 8).
Des essayages, parfois nombreux, sont nécessaires.
L'amputé est alors très actif dans la fabrication de sa prothèse
: il signale en effet au prothésiste les zones de frictions ou les
appuis douloureux. Le prothésiste orientera ses retouches selon
les remarques du patient et également en observant la couleur du
moignon. Lorsque l'emboîture paraît satisfaisante, le prothésiste
procède au frettage (mise en place d'une corde serrée dans
une rainure circulaire) et, selon le type de prothèse, au parcheminage
(collage d'une peau sur la surface extérieure du fût), ou
au laminage (application d'une résine sur le fût) qui renforcent
la solidité de l'emboîture en bois. Il applique enfin un vernis.
Photos 5 à 8 :
(6)
Création d'une prothèse en bois une sculpture au service de l'homme.
Photo 5
Photo 6
Photo
7
Photo 8
Les avantages du bois sont nombreux : il témoigne d'une excellente tolérance cutanée. On note peu d'allergie avec le bois. Malgré le vernis qui le recouvre, il possède un bon échange thermique, ce qui le rend confortable en toute saison et plus particulièrement en été et en hiver.
Il permet des retouches en cas de fluctuations de volume du moignon : on peut, en effet, enlever de la matière ou en rajouter (on "recharge" dans ce cas avec du liège).
Il se nettoie facilement et une emboîture en bois reste légère.
On lui reproche cependant une certaine fragilité, mais surtout une réalisation délicate et longue.
- les matières plastiques, notamment les résines de polyester, ont été couramment employées à partir des années 50. Elles sont d'une utilisation relativement aisée. Résistantes aux chocs et à l'usure, les emboîtures sont faites àpartir d'un moulage plâtré du moignon et de son positif.
Ses inconvénients sont l'apparition parfois de réactions allergiques, un mauvais échange thermique avec production excessive de sueur en été, rendant l'emboîture très inconfortable et pouvant même la désadapter ; en hiver, au contraire, il existe une grande sensation de froid. Une emboîture en résine supporte difficilement les fluctuations de volume du moignon.
PAQUIN, ANDRE, MARTINET (29) et JENDRZEJCZYK (20)
signalent l'existence de matières semi-souples, qui suivent la forme
du moignon dans les phases de contraction ou décontraction. Le collet
de l'emboîture est reçu dans une structure rigide en fibres,
prolongée par le support de l'articulation du genou.
Sur le principe, on distingue :
a. Les emboîtures à contact partiel
:
"Le moignon entre en contact de façon permanente au niveau des points d'appui, et de façon intermittente et variable suivant les mouvements au niveau du corps de l'emboîture. L'extrémité de l'emboîture est libre. La prothèse est maintenue soit par une ceinture d'abduction (ou silésienne) ou par un baudrier passant par l'épaule opposée, soit par deux bretelles. Le moignon est protégé par un bonnet en coton tricoté" (29). La marche est médiocre, mais ces emboîtures sont faciles à chausser. On en distingue plusieurs variétés selon le matériau employé (cuir-acier ou cuir-bois, qui sont les plus anciennes des prothèses classiques, DuraI® ou uniquement bois) (Figure 4).
Figure 4 :
Emboîture conventionnelle à contact
partiel.
Les moyens de suspension sont obligatoires
(silésienne, baudrier ou bretelles).
b. Les emboîtures à contact important :
Ce sont des emboîtures dont les appuis sont multiples. PAQUIN (30) en décrit deux types :
- "emboîtures à succion" : l'appui se
fait sur un collet légèrement rétréci ; l'extrémité
du moignon est libre, séparée de
l'emboîture par une chambre en dépression
(valve) (Figure 5a).
- emboîtures à adhérence musculaire:
mises au point par l'autrichien STRIEDE, elles sont caractérisées
par un collet, qui ressemble à celui d'une prothèse à
contact total. Le corps de l'emboîture est le négatif des
masses musculaires du moignon, avec aménagement de cavités
antérieures et postérieures qui permettent la globulisation
des muscles. Ceux-ci, par leur contraction, assurent le maintien de l'appareil
pendant la phase oscillante du pas. L'extrémité du moignon
est également libre. La prothèse est utilisée sans
moyen de suspension. Une soupape est presque toujours fournie, bien que
parfois elle ne soit pas nécessaire (Figure 5b).
Figure 5 :
Emboîtures modernes.
Figure 5a : A contact important par succion.
Figure 5b : A contact par adhérence.
Figure -5c : A contact total.
Les flèches marquent les forces de pression (30). Les flèches marquent les forces de pression (30).
c. Les emboîtures à contact total :
Elles représentent en quelque sorte l'aboutissement des modèles précédents. Le moignon est en permanence en contact étroit avec toute la surface de l'emboîture, du collet à son extrémité. Le poids du corps est ainsi théoriquement idéalement mieux réparti. La première de la génération des emboîtures à contact total fut l'emboîture quadrilatérale, concept développé par l'allemand KUHN à Münster, à partir des travaux de CANTY (USA) dans les années 50 (Figure 5c).
Afin de pallier les insuffisances de l'emboîture
quadrilatérale, les médecins et les prothésistes cherchèrent
àaméliorer voire à transformer totalement le concept
quadrilatéral : leurs réflexions aboutirent à la création
de l'emboîture à forme et
alignement naturels (NSNA), d'Yvan LONG, le système
procontact où le moignon est revêtu d'un manchon souple (ce
système permet à un amputé de mettre ou d'enlever
sa prothèse en position assise) ou les emboîtures en matériaux
semi-souples, reçues dans une structure rigide comme les emboîtures
ISNY ou IPOS et, enfin, les emboîtures CAT-CAM et SCAT-CAM, élaborées
par SABOLICH et son équipe.
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